RÉSILIENCE ET RECONSTRUCTION (Par Dr Aly Baba Faye)

11 - Mars - 2021

Les émeutes que nous avons connu en ce début de mars 2021 méritent un débat "dépassionné" qui devrait aller bien au de là des émotions liées aux évènements. C'est seulement en faisant oeuvre de réflexion mature que nous pourrions tirer les bonnes leçons de ce qui nous est arrivé. La crise que traverse le Sénégal est profonde. Ce que nous avons vécu dans notre pays est un passage douloureux qui met à nu les plaies de notre socièté. Spérons que la crise nous propulse sur un chemin de résilience. C'est dire qu'elle devrait nous servir de prétexte pour redéfinir les fondamentaux de notre commun vouloir de vivre ensemble. Nous sommes un grand peuple, nous sommes une grande nation et nous devons renforcer ce qui nous a fait ce que nous sommes et que le monde entier nous reconnaît. Nous le devons à ces jeunes qui sont tombés emmenant avec eux leur rêve d'un Sénégal meilleur.

L'on pourrait en toute évidence s'accorder sur le fait que l'affaire "Sweet Beauty" soit en réalité un détonateur d'une crise plus profonde. Une crise sociale qu'il faut avoir le courage et la lucidité de regarder en face. Les égarements auxquels nous avons assisté nous disent que nous étions assis sur une bombe sociale. Et que notre socièté souffrait de maladies endémiques que nous n'avions pas su diagnostiquer en profondeur ou que nous avons voulu taire par le recours à une sorte d' "omertà". Oui! L'interprétation de certains principes comme"masla" et le "khaar Yalla" sont passés par là. Une interprétation qui a transformé ces "instituts" comportementaux en fatalisme. Cette attitude s'est profondément enracinée dans notre âme profonde. Alors disons les choses avec franchise et sincerité. À force de supporter des choses que nous n'aimons pas, nous accumulons frustrations et rancoeur à cause de la résignation. Maintenant nous avons l'occasion de tailler le noeud gordien. Chaque chose, chaque développement atteint sa propre limite et après c'est le ras-le-bol. Nous sommes au creuset d'une accumulation plurielle de crises ou pour mieux le dire nous sommes dans une crise polyforme qui se cristallise dans diverses dimensions de notre societé. Il nous faut, au de là de la situation contingente, comprendre la réalité que configure la socièté sénégalaise à ce niveau de son histoire. En résumé nous pouvons dire que la crise sociale a plusieurs dimensions: anthropologique, culturelle, économique et politique.

À mon avis ce qui couvait sous les cendres est une rancoeur déterminée par le règne de plusieurs types d'inégalités et d'injustices. C'est cela qui, au fond, explique la dimension ultime de cette explosion violente que le compte de l'histoire nous a servi en ces heures troubles du parcours sur le chemin de notre marche collective. Prenons acte que l'histoire nous a présenté le compte salé de notre commerce relationnel et des liens qui caractérisent la configuration de notre société. Le corps social est affecté par plusieurs maladies lesquelles peuvent compromettre le destin de notre pays. C'est d'abord e mode de fonctionnement qui est à revoir. La situation exige de nouvelles cures.

Puisque nous sommes en démocratie la responsabilité première incombe à la classe dirigeante qui a la fonction de diriger notre pays vers les rivages sociaux de la dignité des personnes. Alors parlons politique! Qu'est ce que la politique sinon ce que cette notion définit dans son sens étymologique c'est à dire "l'organisation de la cité" ? Dans ce défi d'organisation, qui a nature collective, chaque citoyen est concerné et chacun dans le rôle qui lui incombe. Donc c'est la politique dans sa pratique noble qui sera la cure de la maladie qui grangrène le corps social. Pas la politique politicienne ou le "politicantisme" mais la politique dans la noblesse de sa fonction essentielle. Ce ne serait pas faire preuve de démagogie que de dire que le virus qui a rendu malade notre socièté interpelle d'abord la politique. Il nous faut, avec l'urgence que dicte la gravité de la maladie, déconstruir les pratiques du politicantisme. Mais attention à ne pas jeter le bébé avec l'eau du bain. Un système politique vertueux avec un personnel politique imbu des principes d'éthique de la responsabilité est indispensable pour la marche vers le progrès, l'émancipation et la promotion de la dignité citoyenne. On a pas le droit de confondre l'effet avec la cause. Churchill disait que le système démocratique est parmi les mauvais systèmes politiques celui qui s'avère le meilleur. Oui il n'existe pas de système parfait et nous savons qu'aucune oeuvre humaine ne peut l'être. Ceci est valable aussi pour la démocratie qui n'est jamais chose acquise définitivement mais qui reste toujours à parfaire.

Aujourd'hui notre démocratie exige de nous une introspection pour comprendre nos fragilités et notre vulnérabilité et proposer les réformes nécéssaires. À mon avis les réformes qui s'imposent à nous ont noms: définition d'un projet de socièté autocentrée, restructuration de notre système politique, moralisation de la vie publique et promotion d'une bonne gouvernance, responsabilisation citoyenne. Tout cela pour consentir l'émancipation du peuple à travers le développement économique et social. Pour cela il est indispensable que nous nous mettions dans l'optique d'une démocratie participative et inclusive. Ce n'est pas seulement de la responsabilité de la classe politique mais il est l'oeuvre de tous. Dès lors une citoyenneté responsable s'inspirant du civisme s'impose. Et il faut le dire, nos problèmes viennent aussi des citoyens. Nos dirigeants sont insus de nous. C'est nous qui les choisissons. Ils sont sénégalais comme nous. Ne dit-on pas d'ailleurs que chaque peuple a les dirigeants qu'il se mérite? Donc, cela relèverait de la démagogie que de penser comme un dogme que nous citoyens sommes meilleurs que nos dirigeants. C'est une semplification! Si nos quartiers et nos villes sont sales ce n'est toujours la faute des maires. Certes ces derniers ont le devoir et la responsabilité de créer les conditions du décor et du cadre de vie. Mais les citoyens peuvent faire la différence en se prenant en charge, en adoptant des comportements cohérents. Si partie de la classe politique est corrompu c'est parce que les gens sont disposées à payer des pots de vin. Oui parce que dans la conscience collective l'on confond droit et privilège, devoir et pouvoir. Et l'on préfère payer à un policier corrompu que de se mettre en règle avec la documentation nécéssaire pour la circulation. Combien de révisions techniques de voitures bonnes seulement comme ferrailles se font à la caisse sans se soucier des dangers qui nous exposent à des accidents qui tuent des milliers de personnes sur les routes. Nous pouvons citer dans tous les domaines et dans tous les secteurs de la vie sociale des pratiques malsaines qui se sont substituées à la légalité. Si les lois ne sont pas appliquées et respectées ce n'est pas de la faute de nos députés. Les citoyens doivent faire preuve de citoyenneté responsable. Autre chose est la mal gouvernance, le népotisme et le clentélisme, la gabegie et l'enrichissemment illicite. Il faut retrouver une éthique publique.

En somme nous devons avoir le courage de nous regarder devant le miroir et de ne pas faire oeuvre de complaisance avec nos tares. L'éthique et les valeurs fondatrices de notre socièté nous imposent une sincerité avec nous même. Nous ne pourrons pas nous développer tant que prévaudra la contre-culture de la déresponsabilisation. Noys savons tous que pour quiconque qui assume une certaine responsabilité ce sont ses propres parents qui l'invitent à servir et à servir ses siens. Le mantra on le connaît "deffarul nguur saxul". Voilà le parassitisme social est la première injustice. Et souvent en lieu et place d'une solidarité agissante nous ne savons que prodiguer l'assistancialisme. Bref on ne vote pas pour un sac de riz! Et pour ce qui concerne la classe politique ce qu'il faut récuser c'est le banditisme institutionnalisé. Les bandits politiques, ce sont ceux-là qui font la politique pour leurs profits personnels au détriment du peuple et ceux-là qui exercent le pouvoir sans éthique. Ce sont eux les acteurs de la mal-gouvernance.

Enfin, je pense que c'est le type prévalant d'homo senegalensis qui pose problème. Si le langage est révélateur, il faut dire, içi et maintenant, que le terme "nguur" pour dire le "pouvoir" est un symptôme de cette maladie qui affecte le rapport entre le sénégalais et le pouvoir. Un rapport malsain qui fait qu'au lieu de servir celui qui est élu pense qu'il servi. Et assumer une fonction publique suppose qu'on comprenne que devons être serviteur, à la limite esclave de l'interet général. C'est en cela que la démocratie trouve sa limite. Nous n'avons jamais la certitude de pouvoir choisir les meilleurs d'entre nous. Que les choix et les comportements seront appréciés ou non, ce qui est sûr c'est que la reddition des comptes est inévitabile. Il y'a pour chacun de nous le jugement par le tribunal de la conscience ou pour ceux qui (comme moi) sont croyants le Jugement de Dieu. Alors donnons valeur à l'éthique et reconmençons par reconstruire les infrastructures immatérielles d'une socièté plus juste et plus solidaire. C'est la première leçon que nous devons tirer de cette crise que nous avons vécu. C'est la résilience démocratique qui nous permettra de rebâtir notre societé. Vive le Sénégal!

Dr Aly Baba Faye Sociologue

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