Aéroport Blaise Diagne : un systéme organisé de racket au nom de la lutte contre le Coronavirus

04 - Août - 2020

Jeudi 30 juillet, un avion de Air France France atterrit à Blaise Diagne, aux environs de 22h 15. A bord quelque 500 passagers. Une poignée d’Occidentaux, le reste, des Sénégalais venus passer la Tabaski auprès des siens. La chaleur est suffocante, la fatigue, elle, se lit facilement sur les visages car l’avion a accusé un énorme retard de presque trois tours d’horloge à Paris.

Depuis la reprise des vols, un protocole sanitaire est mis en place pour lutter contre la propagation du coronavirus. Concrètement, les passagers sont appelés à respecter scrupuleusement la distanciation physique et à porter un masque dans l’enceinte de l’aéroport. De plus, pour chaque passager qui entre, la présentation d’un test (PCR) négatif est obligatoire. Ce test doit être réalisé moins de 7 jours avant prendre l’avion. Celui qui n’en a pas doit subir l’opération à l’aéroport moyennant la somme de 40 mille F CFA. Les passagers en partance de Dakar doivent, eux aussi, faire un test en déboursant la même somme.

Mais en réalité, ce protocole sanitaire ne protège pas les passagers. Au contraire, il favorise la propagation de la maladie à cause notamment du cafouillage montre dans son application. Dans une ambiance digne d’une cour de récréation, des centaines de personnes, serrées comme des sardines, doivent se soumettre au contrôle sanitaire. Ce jour-là, seuls deux agents sont affectés à la prise de température et à la vérification des attestations de dépistage Covod-19 des quelque 500 passagers de la compagnie nationale française. Ceux qui ont fait le test avant le voyage sont dirigés vers la Police aux frontières pour les formalités d’usage, les autres passagers, c’est-à-dire ceux qui n’ont pas fait le test, doivent, eux, suivre un parcours du combattant pour pour se conformer au protocole. Inutile de vous décrire la pagaille qui régnait dans le « labo » de l’aéroport. En moyenne, il faut deux heures pour s’extirper de l’enfer de Blaise Diagne. Ce serait le même calvaire tous les jours. « Ils veulent lutter contre la maladie, mais ils créent les conditions de son développement en entassant comme ça les gens», peste un passagers, visiblement exténué par la chaleur.

Mais le sentiment le mieux partagé est que les autorités ont instauré le test PCR à l’aéroport pour racketter les Sénégalais de l’extérieur. « En France le test est gratuit, ici, on nous demande de payer 40 mille. Le pire est qu’au retour on va encore payer la même somme, mais on aura pas le résultat avant d’embarquer. C’est du racket », fulmine un jeune homme d’une trentaine d’années.

L’image du gouvernement a été littéralement ternie dans la diaspora suite à la mesure impopulaire interdisant le rapatriement des Sénégalais décédés du COVID-19. Même si les tenants du pouvoirs sont revenus à de meilleurs sentiments en levant la mesure (manifestement grâce à la forte mobilisation des Sénégalais de l’extérieur), la blessure causée n’a pas encore fini de cicatriser. Avec l’instauration de cette « taxe » de 40 mille F, la cote de popularité de Macky Sall risque de dévisser davantage dans la diaspora. « Le président de la République n’a aucune considération pour les Sénégalais de l’extérieur. Les conditions de vie sont dures en Europe depuis la survenue de cette pandémie, au lieu de nous aider, il nous impose une nouvelle taxe pour entrer dans notre propre pays et pour en sortir. C’est inadmissible », s’énerve un passager en possession pourtant de son test.

Dans les réseaux sociaux, les Sénégalais de l’extérieur n’arrêtent pas non plus de gronder assimilant cette taxe covid à un racket d’Etat. C'est peu dire donc qu'après la brouille consécutive à la décision interdisant le rapatriement des Sénégalais morts du coronavirus, le gouvernement n’est manifestement pas à l’abri d’un nouveau différend avec sa diaspora.

Cheikh Sidou SYLLA

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