Italie : un migrant nigérian inquiété par la police pour avoir nettoyé les rues

26 - Septembre - 2019

Dans les environs de Venise, un demandeur d’asile nigérian a été condamné à une amende de 350 euros lundi pour avoir nettoyé les rues sans autorisation. Devant l’indignation suscitée par cette condamnation, les autorités sont revenues sur leur décision.

“Je nettoie les rues et je ne compte pas m’arrêter. Je n’ai pas de travail, il en va de ma survie”, raconte à InfoMigrants Monday, un Nigérian de 29 ans vivant en Italie, à proximité de Venise. Ce demandeur d’asile ne ménage pas ses efforts : il ramasse détritus et feuilles mortes qui s’amassent sur les trottoirs et dans les caniveaux à raison de huit heures par jour “presque tous les jours” dans la ville de Mestre. Depuis un an, il a dû changer trois fois de balai après les avoir tous usés, indique-t-il. “Mon but est de rendre service à la communauté.”

Lundi 23 septembre, Monday a été condamné à une amende de 350 euros par la police italienne pour avoir nettoyé les rues “sans autorisation”. Une amende annulée deux jours plus tard, après une levée de bouclier de la population.

“Quelqu’un a prévenu la police que j’étais en train de nettoyer les rues et les policiers sont venus me trouver. Ils m’ont dit que je n’étais pas censé faire ça car d’autres personnes s’en occupaient et ils m’ont donné une amende”, explique Monday. “Je n’arrive pas à croire que quelqu’un ait appelé la police pour ça. Ça m’a beaucoup stressé. Moi, je n’enlève le travail de personne. Les nettoyeurs ne peuvent de toute façon pas s’occuper de toute la ville tout seuls”, continue le jeune homme, alors que les autorités locales sont souvent montrées du doigt pour leur négligence en matière de propreté à Mestre, qui compte 90 000 habitants.

La police de Mestre a annoncé mercredi avoir procédé à l’annulation de cette amende, après avoir reçu plusieurs appels d’habitants plaidant la cause de Monday. Les autorités ont affirmé que l’amende avait été donnée par des officiers inexpérimentés.

“Si je continue à nettoyer les rues, peut-être que quelque chose de bon en sortira”

Les cas de migrants nettoyant les rues ne sont pas isolés en Italie, où les arrivées ont atteint leur niveau le plus bas en 2018 depuis cinq ans selon l’OIM. A Rome, notamment "c’est un phénomène que l’on voit souvent", affirme Nick Squires, correspondant du Telegraph dans la capitale italienne. "Ces gens-là essaient de s'illustrer dans quelque chose d’utile au lieu de simplement faire la manche. Les passants leur donnent de l’argent ou les ignorent. Les autorités semblent, elles, les tolérer."

L’idée de cette activité est venue à Monday en 2018. C’est à cette époque que le jeune homme remarque le travail des agents d’entretien à Mestre. “Je me suis dit que je pouvais leur donner un coup de main”, explique-t-il. Il installe alors près de lui un panneau sur le trottoir à l’attention des passants : “Je souhaite m’intégrer dans votre société honnêtement, sans faire la manche. Je vais nettoyer les rues et je vous demande seulement une contribution pour mon travail. Merci.”.

Une manière de trouver un sens à son quotidien, confie-t-il. “Je ne voulais pas vendre de la drogue ou faire ce genre de mauvaises choses qui rapportent de l’argent”, précise celui qui travaillait comme soudeur au Nigeria. “Après mon arrivée en Italie, j’ai fait des petits boulots au noir dans l’agriculture. Mais dans ce milieu, on ne donne jamais de contrat aux travailleurs migrants. Là, je me suis dit ‘si je continue à nettoyer les rues, peut-être que quelque chose de bon en sortira’.”

Elan de solidarité

La condamnation de Monday, aussitôt relayée sur les réseaux sociaux par un avocat local Matteo d'Angelo, a suscité l’indignation. “Le message lancé par les autorités, c’est en gros : ne nettoyez pas le pays dans lequel vous vivez. Laissez les rats traverser les rues, ne retirez pas les feuilles mortes qui bloquent les bouches d’égout chaque fois qu’il pleut, n'enlevez pas les mégots de cigarettes ou les crottes de chien. Cherchez plutôt des poux à cet homme qui veut s’intégrer”, avait écrit sur Facebook Matteo D’angelo, avant l’annulation de la condamnation. Cet avocat de Mestre avait lancé une cagnotte en ligne pour payer l’amende. Il a récolté 875 euros qui ont été remis à Monday.

“Je suis très heureux que la condamnation ait été levée. La police a compris son erreur. C’est une histoire qui se termine bien, avec un bel élan de solidarité”, a également réagi l'avocat auprès d’InfoMigrants.

“Tellement de gens me témoignent du soutien”, commente pour sa part le principal intéressé, touché. Originaire des environs de la ville de Bénin, au Nigeria, Monday est arrivé seul en Italie en 2015, après un passage d’un an par la Libye et une traversée de la Méditerranée qui s’est soldée par un sauvetage et un débarquement en Sicile. Désormais, le jeune homme est en attente du renouvellement de ses papiers fournis par les autorités italiennes. Sans ce document, il n’est pour l’heure pas autorisé à travailler.

Charlotte Oberti - INFOMIGRANTS

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